Les scies japonaises

Les scies japonaises connaissent un succès grandissant parmi les passionnés du travail du bois et sont désormais largement diffusées. Leurs qualités et leur précision sont légendaires…

Leurs prix deviennent plus accessibles. Il est possible de trouver des modèles de base pour une trentaine d’euros et des modèles de bonne facture pour environ 50 euros. Les scies de haute qualité ou de fabrication artisanale peuvent en revanche approcher les 200 euros. Ces scies sont prisées pour leur qualité de fabrication, leur facilité d’utilisation, leur précision et leur performance de coupe. Les lames sont fabriquées dans des aciers très durs, avec des dentures spécifiques selon les utilisations. Cependant, elles sont difficiles à affûter, aussi est-il souvent plus simple de remplacer la lame.
Comme indiqué dans les paragraphes précédents, la grande différence d’utilisation par rapport aux scies occidentales est que l’on produit l’effort de coupe en tirant la scie vers soi, et non en la poussant (l’inclinaison de la denture est inversée). Cette technique d’utilisation permet de mettre la lame en tension (avec la résistance du bois), ce qui permet d’avoir des lames moins épaisses (grâce également à la qualité de l’acier). Une scie occidentale s’utilisant en poussant, la lame doit avoir une certaine épaisseur pour ne pas se plier lors de la poussée. Les lames peu épaisses nécessitent moins de force, sont plus précises et offrent une surface de coupe beaucoup plus nette. Les modèles japonais de précision peuvent avoir des lames d’une épaisseur inférieure à 0,30 mm.
L’inconvénient est que cette méthode de coupe ramène les sciures dans le trait de scie ; il faut donc bien utiliser toute la longueur de la lame pour les évacuer. De plus, les lames ne sont pas en acier inoxydable, elles ne doivent donc pas être exposées à l’humidité. Si une scie doit rester stockée longtemps, huilez la lame.

Les lames des scies japonaises sont montées sur un long manche de section ovale, (de 100 à 300 mm, selon les modèles), traditionnellement recouvert de bambou, pour faciliter la prise en main et optimiser l’effort de traction. Les scies à long manche se tiennent généralement à deux mains (notamment pour scier les pièces épaisses). La main droite est toujours placée à l’arrière, à l’extrémité du manche, la main gauche dans la partie restante de la poignée (le plus loin possible de la main droite). La scie se trouve dans le prolongement du corps, et la force nécessaire au sciage est ainsi optimisée. Les petits modèles peuvent être manipulés d’une seule main.

En revanche, la pièce doit être solidement fixée pour ne pas dévier, ce qui risquerait de casser la lame. On scie en tirant la scie de façon régulière, sans exercer trop de pression.
On distingue deux principaux types de dentures pour les scies japonaises. La denture pour refendre (yoko noko giri) est similaire à celle des scies occidentales, excepté le fait que l’inclinaison des dents est inversée (vers le manche de la scie) et que le pas de la denture est généralement progressif (les dents sont plus petites vers le manche et vont en augmentant vers l’extrémité de la lame). Il est ainsi aisé d’amorcer la coupe avec la denture la plus fine (côté manche).
La denture pour tronçonner (tate noko giri) est très spécifique, puisque les dents disposent de trois biseaux qui permettent de trancher les fibres du bois. La coupe est ainsi nette et fine. Le pas n’est pas progressif. Les dentures sont légèrement avoyées de part et d’autre de la lame, sauf sur les modèles à araser où elles ne sont avoyées que sur une face.
Certaines scies occidentales reprennent le principe de la denture japonaise.

Il existe de nombreux types de scies japonaises et de variantes. La plus répandue est la scie ryoba, dont le nom signifie « double bord ». Sa lame, de forme rectangulaire et rétrécie vers le manche, possède une denture différente de chaque côté. L’une sert au délignage, l’autre pour tronçonner. Il s’agit donc d’une scie polyvalente, bien adaptée au débit. On l’utilise pour le sciage des pièces de petite et moyenne section. Elle est efficace avec tous types d’essences, des tendres comme le pin ou l’épicéa aux plus dures comme le chêne ou le hêtre. Différentes longueurs de lames sont disponibles (de 250 à 300 mm) pour des épaisseurs comprises entre 0,5 et 0,7 mm. Plus la lame est longue, plus elle est épaisse. Plusieurs dispositifs de maintien de la lame sont possibles. Ce peut être une vis passant dans un trou de la lame, un mécanisme avec loquet de blocage ou un montage à force. Dans ce dernier cas, pour déposer la lame, il faut frapper le manche au niveau du raccordement avec la lame. Après avoir inséré une nouvelle lame, il faut frapper à l’extrémité du manche pour la faire rentrer.

La scie dozuki, ou douzuki, qui signifie « avec guide », est un modèle de précision. C’est l’équivalent des scies à dos. En effet, la lame est renforcée par un dosseret métallique, qui permet de réduire son épaisseur jusqu’à moins de 0,3 mm et d’obtenir des coupes d’une grande finesse. Une dozuki peut être équipée de lames pour refendre, pour tronçonner ou universelles. La longueur des lames est légèrement plus petite que celles des ryoba (rarement plus de 250 mm). Les modèles de haute précision, pour la coupe des tenons et des queues droite ou d’aronde, font exception avec leur lame plus courte. Elle peut avoir une épaisseur de 0,2 mm (0,3 mm avec l’avoyage). La lame de ces scies est retenue dans le manche par une sorte d’axe. Pour l’enlever, on tient la scie à l’envers et on tapote l’extrémité de la lame sur un rebut de bois, ce qui la fait sortir du dosseret, puis on la retire en la faisant tourner. Après avoir inséré une nouvelle lame, on procède comme pour le démontage pour faire rentrer la lame dans le dosseret.

Les scies kataba, ou kataha, dont le nom signifie « couteau tranchant unique », sont des scies plus robustes, équivalentes à nos scies égoïnes. Leur lame est plus épaisse que celle des scies ryoba est donc adaptée aux pièces de grande section. Ces scies sont relativement bon marché. Elles peuvent être équipées d’une lame pour refendre ou pour tronçonner. Il existe plusieurs variantes de scies kataba, comme les kariwaku, qui sont plus adaptées aux chantiers, parfois appelées scies de charpentier, et dont la lame est repliable sur certains modèles. Elles peuvent débiter des pièces épaisses et même du bois vert. Leur lame peut atteindre 350 mm.

La scie azebiki est l’équivalent de la scie à panneaux occidentale. Elle est pourvue d’une lame de forme particulière avec, comme la ryoba, deux dentures différentes. Elle permet les coupes à l’intérieur des pièces. Elle peut être utilisée comme scie d’incrustation, pour découper une partie de placage à remplacer, etc. Pour une coupe bien droite, il est nécessaire de guider la scie avec une règle. Sa forme particulière permet de l’utiliser même dans les endroits exigus. En revanche, sa lame est très fine (environ 0,3 mm), ce qui en fait une scie fragile. Par conséquent, il ne faut pas forcer lors de son utilisation. Les lames ne sont généralement pas remplaçables.
Les scies kugihiki sont de taille réduite et dotées d’une lame flexible avoyée d’un seul côté. Elles sont l’équivalent de nos scies à chevilles. On les utilise pour araser les chevilles et les tourillons sans risque d’abîmer la surface de l’ouvrage.
Enfin, les scies hikimawashi sont l’équivalent de nos scies à guichet. Elles sont dotées d’une lame effilée et d’un manche revolver en bois.

D’après Le grand livre de la menuiserie © DFTG

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